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 SIONABEL - Terre d'exil

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Nymphe Ydeil
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MessageSujet: SIONABEL - Terre d'exil   Lun 21 Fév 2011 - 0:33

......Avec un soupir, elle referma le livre qu’elle ne lisait déjà plus depuis longtemps et le posa à ses côtés. Son regard inexpressif erra sur la couverture de cuir. Son ongle gratta la surface irrégulière et vieillie. Puis elle laissa sa tête partir vers l’arrière. Ses yeux se fermèrent dans une expression douloureuse. Mentalement, elle compta les battements de son cœur tandis qu’elle se plaisait à sentir le courant d’air frais sur son visage. Cela apaisait à peine son mal de crâne. Cela ne chassait pas vraiment non plus ses sombres pensées, mais le souvenir d’un autre temps lui revenait en mémoire.

......Elle n’avait aucune envie de se lever, mais fit un effort pour se remettre sur ses pieds. Elle devait continuer, avancer. Son pas résonna à nouveau sous l’immense voute de pierre. Les rayons poussiéreux n’opposèrent à cette intrusion que le silence de mort qui leur était coutumier. En tentant de faire le moins de bruit possible, elle repoussa la dernière Porte et entra enfin au cœur du sanctuaire. La salle était ronde. Sur toute sa hauteur, du sol jusqu’au plafond, des millions de livres s’alignaient sur les rayons. Un vitrail coloré laissait la lumière du jour pénétrer ce puits de sagesse et de connaissance.

......Et là où tombaient les rayons du soleil, sur le marbre glacé d’une spirale ésotérique, se dressait une fleur blanche, prisonnière d’une cloche en cristal. Une aura lumineuse l’entourait. Elle semblait si fragile qu’elle paraissait être aussi légère qu’une plume. Ses pétales avaient la souplesse du duvet le plus soyeux et sa tige, simplement posée sur le sol, était noire comme le sont les encres qui ont tracé les plus belles histoires. On disait que cette fleur avait le don de transmettre la connaissance à celui qui savait la réveiller. Qu’elle créait la vie sur demande, ou la retirait avec la même simplicité.

......Avec délicatesse, la jeune femme souleva la cloche de cristal et la déposa à ses pieds. Puis, elle plia sous elle les pans élégants de sa robe de tussah blanche, puis mit un genou à terre auprès de la fleur. De son doigt ganté de noir, elle frôla le cœur du calice qui s’inclina légèrement sous la pression. Puis elle retira son gant et de sa ceinture, elle fit jaillir une dague aux reflets argentés. Sans hésiter, elle fit glisser la lame acérée sur son poignet gauche, là où un tatouage traçait trois étoiles au sein d’une larme d’eau.

......Trois perles de sang roulèrent de son bras et allèrent disparaître dans le calice de la fleur. Immédiatement, les pétales se colorèrent de rouge et la tige se détacha du sol pour s’élever de quelques centimètres. Lorsqu’elle fut à la hauteur de la jeune femme, celle-ci s’en empara délicatement et plongea la pointe de la tige au cœur de sa blessure. Puis, une fois cette encre naturelle prélevée, elle en traça sur le sol des arabesques compliquées que seule une Mère Initiée pouvait connaître.

......A mesure qu’elle dessinait sur le sol ses symboles fous, les couvertures de cuir des grimoires se parèrent de lumière et, chacun à leur tour, illuminèrent la salle. Enfin, lorsque la jeune femme eut fini, elle replaça la fleur-plume au centre de la pièce et alla s’agenouiller un peu plus loin. Alors, la fleur se redressa. La corolle de ses pétales grandit, sa tige gagna en hauteur, puis se dédoubla, les pétales s’étalèrent jusqu’à former une robe satinée. Le pistil et les étamines s’élevèrent et s’inclinèrent jusqu’à dessiner la courbe parfaite et gracile d’un cou et de bras blancs.

......Enfin, dans l’aura rayonnante de la salle, une silhouette féminine apparut, transparente comme celle d’un fantôme, inerte comme celle d’un cadavre, mais belle à briser tous les cœurs. Lentement, le souffle de la magie qui l’avait vue naître s’évanouit et son corps se reposa au sol. Un à un, les grimoires redevinrent ternes et tout redevint silencieux. Alors, la Mère Initiée s’avança vers celle qu’elle avait tirée d’entre les morts et inclina ses lèvres sur le front pale de la belle endormie.

- Pardonnez-moi de vous avoir ainsi troublée dans votre sommeil, ma Reine, mais Sionabel vous réclame. Nous n’avons pas d’autres choix que celui de vous réveiller.

......Puis, elle se leva et quitta la pièce, refermant derrière elle la neuvième Porte. Elle savait que la suite ne dépendrait plus d’elle.

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« À six ans, je savais écrire. Mais ici, nous n'écrivons pas. Nous vendons du Rêve. » [red13]


Dernière édition par Nymphe Ydeil le Lun 21 Fév 2011 - 21:37, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: SIONABEL - Terre d'exil   Lun 21 Fév 2011 - 18:00

Elle errait depuis des mois, ne voulant pas retourner chez elle. De toute façon pourquoi ? Qui serait là ? Elle s'en fichait. Ils ne lui manquaient pas et en aucun cas elle ne voulait les revoir. Durant son exil, elle partit découvrir des terres hostiles ou des merveilles de bout de terre.

Mais rien n'y faisait, aucun endroit, aucune parcelle de terre ne lui convenait. Alors elle repartait, sans attache, sans même une once de chagrin. Simplement contrariée, vagabonde jusqu'au bout. Un soir, alors qu'elle était dans un endroit presque paradisiaque, elle contempla le ciel. Son regard d'ébène scruta un instant les innombrables étoiles. Le reflet de la lune dans ses iris faisait pétiller ses yeux. Pourtant, ses prunelles d'encre ne montraient plus rien. N'affichaient plus aucun sentiment. Vides. Tout simplement. Mortes.

A ses pieds, se trouvait un lac. L'eau était calme. Assise juste au bord, elle laissa sa main toucher la surface, troublant la tranquillité qui le faisait dormir. Elle soupira, même cette ambiance, cette paix, ne lui plaisait plus, tout cela la mettait mal à l'aise et ne calmait pas le manque qui pesait sur son cœur.

Alors qu'elle commençait à accepter l'idée de partir, tout en attrapant son katana qui reposait paisiblement à ses côtés, elle eut un frisson. D'abord il fut à peine perceptible, rapide, partant de sa main droite et remontant jusqu'à son épaule. Elle n'y prêta pas vraiment attention et attacha son arme à sa taille.

Puis, remettant ses cheveux de la même couleur que ses yeux en arrière, elle sentit naître un deuxième frisson au creux de ses reins. Mais celui-ci était bien plus tenace et parcourra tout son corps. Préoccupée, elle leva les yeux vers la lune et la vit changer de couleur pour devenir rouge sang. Enfin, un sourire apparut sur les lèvres de la jeune femme.

Tenant fermement la garde de son sabre, elle souffla :


- Alors il est temps de revenir ? Je vais vous rejoindre, Princesse.

La femme au kimono noir se mit en route. Elle courut aussi vite que possible, franchissant les obstacles avec aisance. Elle se dirigeait vers ce lieu qui lui faisait peur et la fascinait à la fois. Ne prêtant pas attention à la fatigue ou à la faim elle fonçait simplement vers son but, pour venir l'aider comme avant. Il était temps de revenir puisqu'elle venait de revivre.

Une fois devant la cité elle se figea et l'observa longuement. Puis, la main sur son sabre, elle se baissa pour saluer ces pierres qui l'avaient vu grandir. Enfin, elle avança en direction de la salle centrale. Elle allait la retrouver.

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MessageSujet: Re: SIONABEL - Terre d'exil   Lun 21 Fév 2011 - 19:42

Les pierres craquaient sous le bruit de ses pas, le vent caressait son capuchon d’un blanc immaculé. Son barda commençait à vraiment lui peser. Voilà quatre longs mois qu’il marchait pour revenir à la luxuriante citadelle de Sionabel.

Luxuriante ? Il douta de lui quand il arriva devant ses portes. Les murs ne semblaient plus tenir, une porte était sorti de ses gonds, il semblait s’être passer cinquante longues années sans aucune vie dans ce qui jadis avait été sa demeure.

Deux années auparavant il était parti visité le monde, apprendre de nouvelles formes de langages, se renseigner sur les légendes des lointaines contrées.


« Je reviendrait mes frères & soeurs » Avait-il dit à l’époque.

Mais aujourd’hui où était ces mêmes frères et sœurs ? Plus personne ne semblait être resté.

L’homme encapuchonné pénétra dans l’enceinte de cette forteresse, quelques personnes sortaient des maisons en ruine, écarquillant les yeux devant cet homme, enfin surtout devant son long manteau blanc flanquer d’un blason, la grande plume de Sionabel.

Un vieil homme l’accrocha au bras.


« Vous êtes de retour pour nous ? Vous êtes venu nous sauver ? »

Ne répondant pas l’homme continua son chemin en direction du château de lune. Il lui fallait savoir, était-elle encore là. Sa muse, cette légende de Sionabel, la grande prêtresse.

Alors un bourrasque de vent souffla plus fort que toutes les autres, lui enlevant son capuchon. Un vague de chuchotement s’éleva alors.


« C’est lui, Darkblast, le chevalier blanc ! Il est revenu ! »

Mais ce vent emportait autre chose avec lui, un présage, une odeur. Il le savait désormais, il n’était pas seul, elle était là !

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MessageSujet: Re: SIONABEL - Terre d'exil   Lun 21 Fév 2011 - 20:08


« Une légende parle d’une grande bibliothèque, accessible qu’à ceux ou celles qui ayant fait le vide en eux aspirent à plus, à beaucoup plus que la simple existence humaine. Ce n’est pas une simple bibliothèque et elle ne renferme pas de futiles livres. Il est dit que le savoir y serait précieusement gardé et qu’une fois par siècle quelques connaissances soient dévoilées au monde des hommes. Entre ses murs ne sont pas écrites des histoires, pas dans le sens que nous donnons aujourd’hui à ce mot. Dans ce sanctuaire de la connaissance construit lors de la création des mondes est écrit l’Histoire des Hommes. Passé présent et futur s’y mêlent et se confondent. On raconte qu’on ne peut franchir les Portes d’ébène que par le rêve car cette bibliothèque n’est pas du monde des hommes mais siège dans l’autre, celui qui apporte et réserve bien plus à celui qui sait le trouver mais qui peut aussi tout lui retirer, jusqu’à la vie. Ces rêveurs ont acquis en entrant dans ce monde parallèle la possibilité de traverser les âges et de vivre éternellement, se nourrissant des rêves des hommes d’en bas. D’après les écrits ces entités particulières vivraient pour et par la rêve, elles n’auraient pas de formes matérielles et existeraient uniquement grâce à la conscience. Si un jour le rêve venait à disparaître, leur existence serait en péril et… »

La plume se brisa, aspergeant le bas de la page d’encre rouge. Un juron retentit aussitôt. Un bruissement de feuilles, un bruit de pas trainant sur le sol poussiéreux, un raclement de tiroir. L’homme car c’était bel et bien un homme vêtu d’une toge pourpre brodée d’argent extirpa une nouvelle plume blanche d’un fouillis millénaire. La poussière soulevée par ce remue ménage lui arracha une quinte de toux. Il dut s’appuyer aux étagères trop pleines pour se reposer quelques instants et reprendre son souffle. Le silence s’installa à nouveau et il tira d’instinct l’oreille, pour capter un quelconque bruit. Mais les minutes passèrent et rien ne lui parvint, au silence répondait le silence. Il se rassit à la place qu’il tenait depuis des siècles, place à laquelle Elle l’avait hissé voilà si longtemps et qu’il n’avait jamais quitté, un regret au fond du cœur et, ruminant de sombres pensées, reprit son travail qui lui tenait tant à cœur : écrire le rêve des hommes.

Les heures passèrent et les pages qu’il remplit de ses belles courbures rouges ne purent changer son esprit, il ne pouvait s’empêcher de revenir en arrière et de se remémorer les temps jadis. La plume cessa sa course folle et il la déposa soigneusement sur la table. Il regarda attentivement la pièce dans laquelle il se trouvait, sa pièce, son lieu de travail, « son repère ». Des étagères couvraient les murs, croulant sous les tonnes de parchemins. Le sol était recouvert de livres déposé là sans jamais avoir été rangé. Sur la couverture du plus proche il put lire en lettres d’or Sionabel. Un mot, quelques lettres mais qui signifiaient tellement. Chacune des pages entassées là portait cette marque, lui-même en était imprégné. Il ferma les yeux et médita un moment, cherchant des réponses à ses questions, attendant un signe. Mais il y avait toujours cet horrible silence, seul de temps en temps un fracas dans une des pièces d’un des étages supérieurs, une chute de livre ou claquement de porte. Ses frères et ses sœurs encore présents, si peu hélas à être demeurés ici et continuant leur œuvre. Autrefois les couloirs du château de Lune retentissaient du fracas des plumes grattant le parchemin, il n’était pas rare d’entendre les armoires s’effondraient sous le poids des mots. Le calme y était banni, seul le rêve était toléré. Mais à présent, cette époque était révolue. Nombreux étaient partis, cherchant un monde meilleur, d’autres avaient perdu la vie, succombant à leur passion dévorante. Une larme coula le long de sa joue et tomba sur la page qu’il était en train de rédiger. D’habitude il se serait empressé de la sécher pour éviter qu’elle n’abime le parchemin. Mais il n’en fit rien, il est des larmes qu’on ne peut sécher, il est des blessures qu’on ne peut refermer. Retentit alors un fracas. Il ne s’en inquiéta d’abord pas puis se rendit qu’il ne venait pas d’en haut mais d’en bas… Or il n’y avait rien en bas, les étages inférieurs étaient déserts. Le bruit retentit à nouveau, résonnant dans les couloirs et s’amplifiant à mesure qu’il montait dans les étages. Intrigué il se leva et sortit de son bureau. Dans son dos était dessinée la plume argentée des Gardiens de Sion. Quelqu’un frappait à la Porte et il se devait d’accueillir les nouveaux venus. Voilà bien longtemps que personne ne les avait visité, voilà trop longtemps qu’ils vivaient seuls et repliés sur eux-mêmes. Il ne savait pourquoi mais quelque chose au fond de lui espérait énormément de cette visite inopinée et imprévue.

Sur la page à demi écrite, un mot se forma, suite au mélange de la larme et de l’encre encore fraie, un simple mot. Espoir…

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"On n'écrit pas, je savais le faire à l'âge de 6 ans, ici on vend du rêve à l'état pur"
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Nymphe Ydeil
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MessageSujet: Re: SIONABEL - Terre d'exil   Lun 21 Fév 2011 - 23:19

......Accroupie contre la pierre froide, cheveux et robe prisonniers du vent du nord, elle observait la route. Elle avait reconnu avec émotion les capes blanches, oranges et pourpres de ses frères et sœurs que l'Appel avait fait revenir au château de lune. Elle était montée à la plus haute tour sans faire le moindre bruit, arpentant les couloirs déserts, si froids et si humides qu'on les aurait dit inhabités depuis des années. Elle avait poussé la porte de son alcôve comme autrefois, avec la détermination, le désir et la même impatience qu'autrefois. Mais la réalité l'avait prise à la gorge.

......Là, partout, des montagnes de parchemins, de vieux grimoires attendaient, couvertes de poussière. Des plumes usagées traînaient. Desséché par le soleil d'une verrière, un vieux siège en cuir craquelé trônait dans un coin. D'une main tremblante, elle avait chassé la poussière du bord de fenêtre et avait ouvert le carreau. Le vent glacial avait fait son apparition dans la pièce, faisant tournoyer les reliquats du passé dans les airs. Puis, elle avait ouvert le dernier manuscrit qu'elle avait abandonné sur son bureau. Sur la couverture, le temps avait presque effacé les lettres d'or gravées dans le cuir :

Les Princes d'Éternité

......Avec délicatesse, elle avait tourné la première page. Mais presque immédiatement, le précieux manuscrit s'était effrité. Avec horreur, elle avait tenté de retenir les lambeaux de parchemins qui s'étiolaient entre ses doigts. Mais en vain. Elle avait reculé d'effroi. Sur les étagères, tout autour d'elle, le vent effritait les pages soigneusement conservées qui tombaient à leur tour en poussière. Les yeux écarquillés, elle avait heurté le mur derrière elle. Les larmes étaient nées dans ses yeux d'opale.

......Un bruit sourd, loin en bas, l'avait fait sursauter. Les larmes avaient coulé sur ses joues, puis sur ses mains, qu'elle avait contemplé sans comprendre. Pourquoi ? Pourquoi était-elle revenue ? Au nom de quoi ? Amer, un sentiment irrépressible de solitude et de chagrin sincère lui broyait la poitrine. Alors elle s'était enfuie, elle avait gagné les remparts, les larmes ruisselant sur son visage.

......Un instant, elle ferma les yeux, ses cheveux fouettant son visage. Les sanglots agitaient ses épaules. Elle avait fait renaître la Reine, mais elle, elle était morte, elle ne pouvait pas renaître. Pas comme ça. Pour elle, c'était fini. Il n'y avait pas de retour possible. Chagrine, elle rouvrit les yeux pour les poser sur le château de lune. Les gens sortaient des maisons, observaient les allées et venues des Plumes qui revenaient enfin. Ils attendaient. Ils attendaient l'espoir, le renouveau, ils attendaient qu'on les sauve.

......Pour la première fois, elle sourit. Tout continuerait. Maintenant, la Reine était là, ils s'en sortiraient, ils continueraient, il le fallait. Elle leur rendrait l'espoir de croire en quelque chose. Croire en eux, comme elle y avait cru, elle. Avec un soupir, elle quitta son observatoire et gagna le pont-levis, qu'elle franchit sans un mot, enveloppée dans cette robe blanche sur laquelle avait presque disparu la grande plume d'or des Mères Initiées. Un dernier regard en arrière. Un dernier soupir.

- Adieu, murmura-t-elle dans un sourire mélancolique. Brille encore, Fille et Reine de Rêves, de là où je serai, je veillerai toujours sur ta vie.

......Et elle s'éloigna. Lorsque la brume l'enveloppa, un morceau de tissus vola vers la porte de la citadelle. Il roula sur le sol, cabriola au gré du vent. À l'encre rouge, rouge comme le sang qui coulait le long du poignet de la Mère Initiée, trois vers étaient inscrits :

L'adieu n'est que vérité devant Dieu
Tout le reste est lettres à écrire.

Écrivez l'avenir comme j'ai écrit le passé.

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MessageSujet: Re: SIONABEL - Terre d'exil   Mar 22 Fév 2011 - 2:06

Elle passait dans les ruelles, les gens étaient déjà sortis, observant la venue de la jeune femme. Ne prêtant aucune attention aux mots qu'ils disaient elle avançait, son regard porté sur un point au loin la tour. Une fois devant les marches, elle comprit qu'elle n'était pas la seule à avoir fait le déplacement. Sentant la présence des autres, sachant qu'ils étaient déjà tous là.

Elle hésita un moment avant de monter les escaliers qui la mèneraient à la salle. Puis elle fit un pas et deux et en quelques minutes elle fut devant les grandes portes, plus la peine de faire demi tour elle les franchit et se retrouva dans le château. Son souffle s'accéléra pourtant à la voir son expression n'avait pas changé, elle ne reflétait toujours rien.

Marchant dans les couloirs, elle frôla du bout des doigts les murs qui l'avaient jadis vu courir partout, plus elle se rapprochait plus elle se demandait si tout cela n'était pas illusion et si leurs présences n'étaient simplement pas dans son imagination. La grande salle était là mais impossible pour elle d'ouvrir la porte qui la séparait pour y accéder.

Longuement elle réfléchit, elle n'avait pas vraiment changé et eux alors? Toujours indécis, elle savait que maintenant elle était vagabonde, son cœur ne pouvait plus se poser, ses sentiments avaient disparu alors quoi? Rester planté là et attendre.

La femme au kimono noir prit une grande inspiration, si elle était là c'est uniquement pour boucler une boucle, elle se devait d'entrer et de voir par elle même, après tout ils l'avaient fait.

Elle attrapa la poignée de la porte et l'ouvrit...

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MessageSujet: Re: SIONABEL - Terre d'exil   Mar 22 Fév 2011 - 4:36

Il observait tout ce manège à une hauteur d'environ cinq cent mètres. Ses yeux bleu-vert perçant fixaient chaque personnage, chaque détail, analysant le tout d'un regard mûr qui n'était qu'un masque. Un de plus. Un de trop. Il s'installa un peu plus confortablement sur son nuage d'exil. Peu à peu, il retrouvait la personne qu'il était réellement. L'ange aux ailes formées d'un duvet de plumes blanches avait changé. Plus grand, plus fin. Plus fragile aussi. Mais les descriptions tantôt bienveillantes, tantôt déplacées ne l'intéressaient guère. Aujourd'hui, il observait la citadelle destituée qu'il avait habité de longs mois durant.

Le va-et-vient de personnes étaient beaucoup plus dense que d'habitude. Il avait pu le constater que simplement. Il habitait là haut depuis si longtemps, caché de tous. De grands cernes noirs creusaient son visage pâle. Il ne dormait plus que très peu, méditant de longs instants, cherchant une solution pour redonner au lieu la grâce et la bienveillance d'antan.
L'espoir avait disparu en même temps que ses sentiments. Son cœur était vide. Il aspirait au changement, au renouveau, mais la désolation du lieu le frappait de plein fouet, les lanières de cuir de la réalité heurtant son visage, déformé par la douleur et la tristesse.

Mais cependant, il semblait y avoir quelque chose de nouveau. Dans la nature des gens. Dans leur démarche. Ils étaient hésitants. Certains tremblaient, d'autres demandaient une aide qu'il peinait à donner. Peut-être car il la lui fallait. Il ne pouvait donner ce qui ne lui appartenait. Il hésita lui aussi. Il voulait se battre. Mais il ne luttait plus contre les forces malsaines et obscures qui planaient au dessus de la citadelle enfouie dans le plus beau des paysages. Il ne luttait pas contre les autres. Simplement contre lui même, contre ses défauts, contre sa force amoindrie, sa créativité limitée, et ses mots perdus.

Tout choix est un renoncement.

Il ferma les yeux quelques instants. En lui même, il entendait une douce mélopée, suivie de quelques paroles. Il frémit, son cœur s'emballa. Et si ce n'était pas fini ?
Il prit une longue inspiration et sauta…


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Yuen
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MessageSujet: Re: SIONABEL - Terre d'exil   Mer 23 Fév 2011 - 20:49

Dans la pénombre d'une pièce isolée, il dormait. Recroquevillé contre la pierre dans une position peu confortable, sa tête tombait par intermittence et le réveillait. Il poussait alors un grognement avant de se rendormir aussitôt. Il avait quelques parchemins sur les genoux, tous vierges sauf le premier sur lequel seules quelques phrases et un titre apparaissaient. A ses pieds gisaient un encrier à moitié plein et une plume abimée. C'était là que le jeune garçon passait la plus grande partie de son temps. Là, jeune solitaire endormi, il cherchait l'inspiration. Parfois la muse daignait le visiter, et il se jetait alors sur ses feuilles, s'empressant d'écrire l'idée qui lui avait traversé l'esprit, de peur de la perdre. Elles étaient trop rare que pour être négligée. Ce manège lui permettait de rendre quelques travaux à son mentor qu'il ne voyait que très rarement.

De temps en temps, un de ses frère passait tout près de lui sans remarquer sa présence. Il l'observait alors, niché dans son coin, sans mots dire, se rappelant qu'il n'était pas seul dans ce domaine si grand mais pourtant si vide. Il avait entendu des légendes d'une gloire passée. Des histoires dans lesquels on parlait d'une cité vivante, une cité somptueuse. Une cité marchande de rêve. Tout cela le faisait rêver. Mais il se demandait parfois si ces légendes étaient vraies. "N'exagérez-vous pas un peu ?" avait-il demandé à son mentor alors qu'il finissait l'une de ses fameuses histoires, visant à parfaire son éducation et à terminer son apprentissage. Mais il n'avait pas besoin de réponse. Il voyait la nostalgie dans les yeux du conteur et compris que rien n'était inventé. Il regrettait alors d'être arrivé trop tard. D'être arrivé après tout le monde, d'être le nouveau qui ne connait rien et qui n'a rien connu.

Le jeune garçon s'efforçait d'accomplir le travail demandé sans rechigner. Après tout, il était là de son plein gré. Il essayait de faire de son mieux, s'appliquant à la tâche. Mais souvent, le sommeil gagnait le combat et ses paupières, lourdes, tombaient devant ses yeux violets.

Un bruit se fit entendre dans la pièce. Il leva alors la tête en se réveillant, les yeux toujours embrumés par le sommeil. Contrairement à d'habitude, il y avait un peu plus d'activité dans la grande Sionabel. Mais d'où venaient ces bruits ? D'en haut ? D'en bas ? Comment le savoir. Il ne connaissait pas bien les lieux et n'avait pas eu l'occasion de tout visiter, restant cloitré dans sa pièce sombre et lugubre.
Il se leva en laissant tomber au sol les quelques parchemins qui reposaient sur ses genoux et contourna ses ustensiles de travail. La main appuyée contre le pilier de pierre, il ferma les yeux pour essayer de repérer la source des mouvements. Lorsqu'il rouvrit les yeux, quelqu'un passa devant lui sans le remarquer. Qui était-ce ? Il ne l'avait jamais vue.

Il ne savait pas où elle allait ni d'où elle venait et encore moins qui elle était, mais il sentait au fond de lui qu'il devait la suivre. Il savait au plus profond de son âme que malgré son jeune âge, là où cette personne irait, il irait aussi. Alors, d'un pas hésitant, il la suivit.

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« S'ils racontent un jour mon histoire, laissez-les dire que j'ai marché aux côtés de géants. Les hommes se lèvent et tombent comme le blé d'hiver, mais leur nom ne meurt jamais. Laissez-les dire que j'ai vécu à l'époque d'Hector, dresseur de chevaux. Laissez-les dire que j'ai vécu à l'époque d'Achille... » - Ulysse

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MessageSujet: Re: SIONABEL - Terre d'exil   Dim 15 Avr 2012 - 12:18

Dans les montagnes de Boémi, on ne déroge pas à la dure loi de la nature. Manger ou être mangé, telle est la règle en cette contrée reculée du monde.
Par une nuit sans lune, gambadant entre les chênes millénaires, une souris cherchait sa pitance quotidienne. Elle furetait de ci de là, avec grande prudence pour ne pas éveiller quelques prédateurs. Mais elle était loin de se douter que son sort était déjà joué. Les dés du destin avait été lancé, bien avant qu'elle ne sorte de son trou. Une petite Athène Noctua observait depuis plusieurs minutes le petit rongeur inconscient du danger, attendant le moment propice pour fondre sur sa proie. Une brise de vent agita les arbres de la forêt, c'est alors que le rapace s'élança. Manger ou être manger...


A quelques kilomètres de là, proche d'un ruisseau, une vieille cabane de bois, sans doute autrefois utilisé par des trappeurs aujourd'hui disparus. Cette « bâtisse » brinquebalante s'appuyait sur les arbres alentours pour rester debout et chose surprenante, de la fumée s'échappait de la cheminée.
En s'approchant de la fenêtre, on pouvait voir tout ce qu'il se passait dans l'unique pièce. Un homme sans âge était assis sur une chaise en fin de vie, les yeux mis clos, tournant le dos à la cheminée et faisant face à la fenêtre. Il semblait ne pas avoir bougé depuis des siècles, comme figé, sans que le temps n'ait de prise sur lui. Il portait une toge rouge, semblable à celle que portait jadis les scribes. De la poussière recouvrait ses apparats mais on pouvait devinait des fils d'or entrelacés dans le tissu. Mais qui était cet homme ? Soudain, à l'autre bout de la vallée, le tonnerre gronda, des éclairs claquèrent et la pluie se mit à tomber. La vallée résonna longtemps du fracas des cieux. On aurait dit que les cavaliers de Thor descendaient sur terre pour mesurer leur adresse à la course, que les armées du Chaos étaient enfin parvenues à ouvrir les Portes d'Erèbe et que la Quatrième Guerre des Cieux venait de débuter, pour le plus grand malheur des hommes.
C'est alors que l'homme ouvrit les yeux.


Son nom ? Peu importe ? Son âge ? Tout le monde s'en moque. C'est son métier qui importe, du moins autrefois. Les temps ont changé, les mœurs aussi. Quel est ce monde dans lequel il s'est réveillé ? Il ne le reconnaît plus. Voilà des années, cette vallée abritait de nombreuses communautés, vivant du commerce, de l'agriculture et de la chasse. Aujourd'hui, qu'en est-il ? L'exode rural a eu raison de ces villages qui faisaient sa joie, son bonheur et lui donnaient son inspiration.
Il y a des années qui lui semblent être des siècles, il s'était écarté des hommes, voulant se retrouver seul et réfléchir sur le sens qu'il avait donné à sa vie. En vérité qu'avait-il accompli pendant les années qu'il avait passé sur les chemins, traînant ses histoires et tentant de vendre ses rêves ? Il s'était aventuré dans les montagnes et assis dans cette vieille cabane pour y méditer. Par malchance, il n'y avait trouvé que le sommeil. De réponses il n'avait point trouvé. Assis là, dos au feu rougeoyant, il n'avait que des questions et il savait, au fond de lui, où trouver les réponses.


Il devait retourner là où tout avait commencé, prendre son courage à deux mains, et pousser la porte du Château de Lune. L'histoire devait être écrite, et ce, depuis le début. En aurait-il la force ? Une question de plus qui resterait sans réponse mais il devait aller jusqu'au bout, pas pour les autres mais pour lui. Ne voulait-il pas vouer sa vie à faire rêver les gens ?
Aujourd'hui, alors qu'il s'apprête à quitter sa cabane de bois, il repense au passé et à tous les événements qui l'ont mené jusqu'ici. Il y a comme une impression de déjà vu, comme si la vie n'était qu'un éternel recommencement.


En vérité qu'avait-il fait pendant des années ? Il avait rêvé.

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MessageSujet: Re: SIONABEL - Terre d'exil   Mar 17 Avr 2012 - 16:39

La chute lui parut interminablement longue. Son cœur battait dans sa poitrine à une telle ardeur qu'il croyait à chaque instant qu'il allait s'en échapper. Le vent sifflait à ses oreilles, vrillant ses tympans, mais il se focalisa sur la chute. Inéluctable, elle approchait à une vitesse faramineuse. Mais chaque seconde d'adrénaline propulsée dans ses veines par la peur et l'exquise sensation d'en terminer semblait durer des heures. Les arbres se dessinaient mieux que jamais. Le sol aussi. Des milliers de feuilles manuscrites s'échappèrent des ailes qu'il tenta d'ouvrir, mais qui refusèrent d'obéir.

Le contact fut rude. Le sang se répandit en une longue flaque vermeille autour de lui. Mais son cœur battait toujours. Merde. Pourquoi il ne mourrait pas ? Personne ne peut survivre à la mort. Était-ce son dilemme ? Ne pas pouvoir hurler sa fin ? Réussir à se décourager mais ne pas avoir le cran d'en finir. Non. Il connaissait ses torts et ses faiblesses. Mais la petite flamme qui l'animait empêchait d'éteindre complètement l'âme schizophrène l'emprisonnant.

Il ne pouvait se résigner à s'arrêter maintenant. Il avait encore des choses à faire. Il le savait à présent. Si même la mort et le vide ne pouvaient avoir raison de lui, qui le pourrait ? Il prit une bouffée d'air frais, ses plaies béantes se refermant d'elles mêmes, celles physiques comme celles de son cœur. Un peu d'air frais. Juste un petit souffle de vie nouveau capable de raviver la flamme de la bougie vacillante. Non, décidément, la fin ne s'était pas invitée. Du moins, pas tout de suite. Tant qu'il restera quelqu'un pour porter le flambeau, la cité perdurera.

Il releva la tête, pensif. Les lumières ravivées de la cité de Sionabel lui faisaient face, à la sortie de la forêt dans laquelle il chût. Il avança péniblement, se maudissant de sa bravoure inutile. Mais au moins, il avait trouvé ce qu'il cherchait.


/HRP/ je fais pâle figure à côté de Red, mea culpa./HRP/


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MessageSujet: Re: SIONABEL - Terre d'exil   Mar 17 Avr 2012 - 18:00

Un regard en arrière. Pourquoi avait-il fallu qu'elle le fasse ? Elle se maudissait pour sa propre faiblesse. Revenir sur les terres de son passé, de sa naissance, de ses origines, était peut-être la pire erreur qu'elle ait jamais faite. Pour autant, elle tentait d'apprécier la silhouette trop familière de la grande cathédrale. Chez elle. Elle était chez elle malgré tout et retrouvait ici une paix qu'elle ne connaissait pas ailleurs, mais si cela venait avec certains désagréments.

Elle écouta le silence de la grande Dame du Rêve et s'en imprégna. Quelque chose en elle grondait, une colère sourde. Elle pénétra les murs qu'elle avait autrefois quittés et marcha jusqu'à la salle des archives d'un pas décidé, avec cette même assurance qui avait transformé la jeune fille frêle qu'elle était en une femme de tête. Assis sur l'estrade qu'elle avait occupée un jour, un ange écrivait, le front posé au creux de sa paume. Il était jeune, beau et insolent dans cette beauté. Elle le dévisagea, cruelle et impassible, jusqu'à ce qu'il lève son regard sur elle.

- Quoi ? Demanda-t-il simplement.

Aucune politesse, aucune forme de respect entre eux. Ils ne s'encombraient plus de ces fioritures depuis longtemps. Ils étaient égaux et à ce titre, n'auraient pas dû se mesurer. Elle encaissa le coup sans rien dire, constatant seulement que la candeur de l'ange avait disparu là où elle avait elle-même perdu bien des illusions.

- Tu es un déchu, répondit-elle.
- Et tu es une bannie, répliqua-t-il d'un ton égal.

Elle hocha la tête. C'était vrai. Depuis la grandeur de ces lieux, elle avait perdu le rang qui lui donnait sa noblesse. À nouveau, elle eut pourtant l'impression qu'il la frappait. Rien ne serait plus jamais comme avant en ces lieux. Elle le savait et y aspirait, mais traquait néanmoins quelques traces de cette unité grisante qui l'avait autrefois poussée à fonder la citadelle. Elle avait espéré en trouver au moins en lui, qui avait été son double, mais se heurtait à ces changements implacables : il avait changé. Moi aussi, je dois avoir changé pour lui, songea-t-elle, amère.

- J'ai veillé à ce que ta chambre soit prête, fit il d'une voix douce...

Elle était rentrée.

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MessageSujet: Re: SIONABEL - Terre d'exil   Mar 17 Avr 2012 - 20:24

Il s'affaissa un peu plus sur lui même. Mordillant la plume qu'il tenait fermement dans la main droite, il donna un violent coup de poing sur la table de pierre, la fissurant de part en part. La douleur ne sut estomper sa rage. Mais elle permettait d’extérioriser sa rage. Il l'avait déçu. C'était clair. Mais que pouvait-il faire. Il a toujours eu besoin d'elle. Plus qu'elle ne l'imaginait. Après tout, n'était-elle pas la seule à avoir su être là, lorsque les feuilles de son être tutoyaient le sol froid ?

Il l'avait déçu. Et la déception qu'il sentait chez elle le tuait, plus que n'importe quelle chute. La flamme vacillait de nouveau.
Il n'avait su apporter que décadence. Il avait besoin d'espoir pour ramener la grandeur. Mais il se battrait pour. Il siffla entre ses dents, chassant le tremblement qui agitait ses mains moites. Il se devait d'être sincère désormais.

Une longue plume était apparue à côté de la première. Il écrivit quelques mots dessus.

"Je suis toujours là. J'ai juste eu besoin de mettre un masque de plus".
Il souffla sur la plume qui s'envola, disparaissant au loin. Retour mouvementé. Il replongea dans son écriture, mais le poids sur le cœur l'incita à arrêter immédiatement et de reprendre plus tard...

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MessageSujet: Re: SIONABEL - Terre d'exil   Mar 17 Avr 2012 - 21:59

La forêt lui paraissait plus vaste que dans son souvenir. Se pourrait-il qu'elle ait gagné sur les plaines du Nord ? Ça mériterait un voyage pour le vérifier. Mais pour l'heure, il devait rallier le Château de Lune et se recueillir dans la Cathédrale. A ce moment là et seulement après s'être agenouillé devant l'autel, il pourrait revêtir la toge rouge brodée d'or.

« Jures-tu de porter l'habit, de l'honorer et de le défendre ? Oui je le jure. »

Le deuxième jour, il avait vu une comète tomber du ciel. La chute avait été longue et elle avait embrasé la Voie Lactée. Il ne sut combien d'heures il resta là, au milieu de la route, à contempler cet astre lumineux. Il la regarda tomber, encore et encore. Ce n'est pas une comète ! Il le savait au fond de lui, ce qu'il voyait n'était pas ce qu'il semblait être. Il avait vécu longtemps et en cet instant il remerciait le ciel de lui avoir permis de vivre jusqu'à cet instant. En ce jour, alors qu'il partait en quête de rédemption, un ange tombait du ciel, et pas n'importe lequel. C'était Lui.

« Promets-tu d'écrire par plaisir, pour le tien et pour celui des autres, sans jamais renoncer à la tâche ? Je le promets. »

Il était tout prêt, il le savait. Il ne pouvait dire avec précision s'il en était encore loin, à dire vrai il ne reconnaissait plus le paysage. La forêt avait tellement changé, la route était à présent recouverte de mousse et de feuilles. Voilà deux jours, il avait vu la stèle annonçant l'entrée sur le domaine de Sion. Il avait bien faillit passer à côté sans la voir tellement elle était sale, elle qui autrefois resplendissait et prévenait quiconque s'aventurait plus loin qu'il pénétrait sur les terres de la magique Sion. Mais quelqu'un l'avait précédé. Au début, il n'avait su dire avec précision quel être cela pouvait-il être. Mais plus il avançait, plus l'observation des empreintes de pas le confirmait dans ses hypothèses. L'atmosphère électrique, les arbres s'agitant de toute part, la mousse reculant et découvrant les pavés autrefois immaculés. Il en était sûr à présent, une telle magie ne pouvait émaner que d'une seule personne. Ce ne pouvait être qu'Elle.

Fier de ces certitudes, le cœur réchauffé par les retrouvailles futures, il allongea le pas. Bientôt son voyage toucherait à sa fin, bientôt il arriverait aux terres d'exil. Mais la route de la rédemption était encore longue.

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MessageSujet: Re: SIONABEL - Terre d'exil   Mar 17 Avr 2012 - 22:24

Elle pleurait. Non pas de ces sanglots bruyants comme le sont ceux d'un enfant, ni de ces sanglots muets qui vous broient le coeur et vous agite le corps. Non, de simples larmes, silencieuses, qui emplissaient ses yeux d'acier et coulaient le long de ses joues. De simples larmes en apparence si calmes, mais qui vous font trembler jusqu'aux tréfonds de l'âme. Entre ses doigts, elle caressait les barbules d'une plume que le vent venait de lui apporter. Les mots inscrits dessus l'avaient touchée au coeur mieux que ne l'aurait fait n'importe quelle flèche, même tirée par le meilleur des « Je suis toujours là. J'ai juste eu besoin de mettre un masque de plus. »

Lorsque le vent souffla à nouveau dans sa direction, chassant les mèches éternellement rebelles qui tombaient sur son front, elle redressa la tête. Cette brise lui apportait plus qu'une nouvelle résolution, elle lui apportait des odeurs familières. Quelque chose comme un frisson d'énergie vibrait dans l'air. Ça n'avait pas encore la force de la magie ancestrale qui avait érigé Sionabel autrefois, mais c'était fort. Comme un appel.

Alors elle se leva. « Jures-tu de t'adonner au rêve, de le faire tien comme il te fera sienne, jusqu'à ce que ta plume sache donner tout ce que la vie a fait naître dans tes tripes ? Oui, je le jure. » Son sourire retrouvé, elle avança, quitta la bâtisse de pierres millénaires et alla vers celui qu'elle sentait venir à elle. Elle le vit bien avant qu'il ait quitté l'ombre des feuillages. La toge, autrefois pourpre, était blanchie par le poids d'un nouveau rang.

- Sois le bienvenu à la maison, Red, murmura-t-elle en s'avançant au devant de lui.

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MessageSujet: Re: SIONABEL - Terre d'exil   Mer 18 Avr 2012 - 16:40

Marchant sur le sentier, l'esprit perdu dans ses pensées, il ne vit pas que quelqu'un venait à sa rencontre. Il réfléchissait à ce qu'il leur dirait lorsqu'il les verrait, il essayait de formuler des excuses pour sa si longue absence mais même en les murmurant à voix basse, elles sonnaient ridiculement fausses. Les arbres s'agitèrent soudain et une bourrasque décrocha sa toge, l'obligeant à stopper sa réflexion. C'est là qu'il la vit, au milieu du chemin, à l'apparence si frêle et pourtant aussi solide qu'un roc. Elle l'attendait, sûre d'elle, le regard dur. Ne sachant que dire, les mots qu'il avait pendant si longtemps préparés ne venant pas, balbutiant et bégayant comme un bênet, elle prit la parole, et tout en avançant vers lui murmura :
« Sois le bienvenue à la maison Red. »
Et il s'agenouilla.

A ce nom, un délicieux frisson lui parcourut l'échine, c'est à ce nom qu'il répondait autrefois et auquel il répondrait à nouveau. Elle, reine de ce royaume et qui l'avait jadis accueilli, formé, conseillé et qui lui avait confiance, l'avait reconnu. L'excitation monta d'un cran.
Elle s'arrêta à quelques centimètres de lui et l'observa longuement. Puis, elle posa un genou à terre et l'aida à le relever. Là, debout l'un en face de l'autre, ils se jaugèrent du regard, se défiant presque.
« -Voilà si longtemps...
-Trop longtemps.
-C'est reparti ? »
A cette question venue naturellement, il répondit sans réfléchir. Oui, c'était reparti. Le voyage n'était pas terminé, le bateau n'était pas encore à bon port. L'équipage avait diminué, nombreux étaient les matelots à s'être perdu dans les flots déchaînés. Mais l'essentiel était là : l'envi d'avancer.
En marchant vers le Château de Lune, Elle lui raconta ce qu'il s'était passé ici, ce qu'elle avait fait durant tout ce temps. Elle lui parla aussi de B3nito qui avait tenté, avec courage, de maintenir la flamme allumée. En marchant vers sa patrie, tout lui revenait. Les triplets, la ménagerie, les ateliers de dessin.
Plus ils avançaient et plus il se rendait compte d'une chose, une chose qui le faisait sourire. Malgré les départs, malgré les désastres, Sion était toujours là. Elle parlant, lui écoutant. Le maître et l'élève. Son rêve n'était donc pas mort.
Au loin, alors que le soleil amorçait sa descente, il aperçut les tours du Château se dessiner à l'horizon. Devant un tel spectacle, il ne put s'empêcher de verser quelques larmes, des larmes où se mélèrent joie et tristesse. La tristesse d'être parti, la joie d'être revenu.

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MessageSujet: Re: SIONABEL - Terre d'exil   Jeu 19 Avr 2012 - 8:31

Debout devant sa fenêtre, il regardait le paysage, la vallée, les montagnes, la forêt qui s'étalait devant ses yeux. Chaque jour, et ce depuis des années, il regardait le temps faire son œuvre sur les Terres de Sion. Le jeune garçon tout de rouge vêtu avait un peu vieilli et maigri, négligeant son apparence et vivant comme un ermite, enfermé dans sa chambre, tout en haut d'une tour du domaine. Quelques parchemins s'étaient empilés sur le tas initial, mais rien d'exceptionnel malgré le temps qu'il avait eu. Il avait préféré regarder par sa fenêtre, inlassable gardien qui attend le retour de ses maîtres.

"Vendre du rêve qu'ils disaient. Quelle drôle d'idée. Je ne retrouve déjà plus les miens..."

Quelque chose avait changé dans le paysage qui n'avait pas bougé depuis des années. Quelque chose d'imperceptible à la vue, mais de sensationnel pour le cœur. Ils étaient de retour. Il en était certain. Son cœur se remit en route et son esprit aussi. Quelques souvenirs défilèrent dans sa tête. Sa cérémonie, entouré de tous ceux qu'il aimait, dans la grande salle illuminée par des milliers de bougies. Les jours de fête. Lui aussi avait juré fidélité à sa toge rouge-dorée. Il était toujours là.

Le jeune homme secoua sa toge et troqua ses haillons pour de nobles tissus assortis. Un coup de peigne, un peu d'eau fraîche, il n'avait pas le temps de plus. Il sortit de sa pièce d'un pas pressant et descendit les escaliers principaux menant à l'entrée de la cathédrale. Il s'arrêta devant la fenêtre du pallier et son cœur bondit dans sa poitrine. "Il ont fait vite" pensa t-il, en voyant une jeune femme et un homme devant le bâtiment. Il continua de descendre les marches quatre à quatre et s'arrêta à l'entrée. Depuis le temps qu'il les attendait, il ne s'était même pas préparé. Que dire ? Que faire ? laisser parler son cœur. Il s'agenouilla devant la porte grande ouverte, face à ses deux amis. Des larmes coulaient le long de ses joues. Joie et soulagement. Enfin.


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« S'ils racontent un jour mon histoire, laissez-les dire que j'ai marché aux côtés de géants. Les hommes se lèvent et tombent comme le blé d'hiver, mais leur nom ne meurt jamais. Laissez-les dire que j'ai vécu à l'époque d'Hector, dresseur de chevaux. Laissez-les dire que j'ai vécu à l'époque d'Achille... » - Ulysse

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MessageSujet: Re: SIONABEL - Terre d'exil   Mar 24 Avr 2012 - 14:01

Elle était revenue en ces lieux. Restant sur le sentier. Sentant l'air sur sa peau, frissonnant à son contact. Ses yeux se perdirent au loin. Sur l'édifice qui se dressait devant elle. Autrefois elle aurait monté les marches quatre par quatre, fut un temps, elle aurait été la première à ouvrir ses portes pour aller les saluer.

Elle hésita un moment, tournant sa tête, elle vit un arbre non loin. Avançant lentement, son kimono noir se balançait au grès du vent, elle posa son dos contre l’écorce. Fermant les yeux, elle souffla. S’imprégnant de se calme, se remémorant certains souvenirs, un sourire se dessina sur ses lèvres.

Un petit oiseau se posa sur une branche juste au dessus de la femme féline, relevant ses iris pour l'observer, il s'envola aussitôt vers la citadelle. Le suivant du regard, elle haussa les épaules. Sa décision était prise. Elle resterai aux portes et n'irai pas plus loin.

Malgré tout, elle sentait sa présence et savait qu'elle aussi devait se douter qu'elle était proche. Mordant sa lèvre, elle se résout et en un bond elle finit sur la branche de l'arbre. Se posant dessus, elle finit en tailleur et scruta les environs. Les sentant tous. Ils étaient réunis. Elle murmura quelques mots pour les saluer, comme-ci le vent pouvait porter ses paroles aux oreilles de ceux à qui ils étaient destinés.

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MessageSujet: Re: SIONABEL - Terre d'exil   Mar 24 Avr 2012 - 14:36

Elle sourit au jeune homme qui s'agenouillait devant eux et devança red pour aller à sa rencontre. Elle s'agenouilla à ses côtés et toucha ses épaules.

- Relève-toi, Yuen. Personne ne mérite que l'on s'agenouille devant lui ici.

L'interpelé lui offrit un sourire timide, comme s'il ne croyait toujours pas, après tant d'années passées à leurs côtés, qu'il était leur égal. Mais il se releva tout de même et elle le serra dans ses bras.

- Vous m'avez manqués, souffla-t-il.

Elle hocha la tête, mais ne répondit pas. Elle n'en avait pas besoin. Ses yeux pétillants parlaient pour elle. Elle aussi était heureuse d'être revenue. Red les ayant rejoints, elle laissa les deux amis se retrouver et se tourna vers la porte. Combien seraient-ils à revenir entre ces murs ? Elle sentait déjà la présence proche de certains : BoB, Chinoir, Shadeas. Il ne faudrait pas longtemps avant qu'ils n'osent franchir les portes sans doute. Il ne faudrait pas longtemps non plus avant que les mécènes se souviennent du chemin qui menait au Château.
Mais le vent lui apportait plus que cela. Il lui apportait le frisson d'une présence toute proche, puissante, sauvage et douce à la fois, tellement familière. L'Autre. Celle qui portait la robe noire qui faisait pendant à la sienne, blanche comme la lune. Sa jumelle d'encre et de rêves. Elle hésita à prévenir les autres, qui riaient ensemble à deux mètres d'elle, mais n'en fit rien. Elle connaissait ce sentiment qui poussait sa soeur à rester en dehors des murs, elle l'avait ressenti autrefois.

- Sois la bienvenue ma douce... songea-t-elle seulement.

Et elle sut que sa soeur entendrait ses pensées. Nulle distance n'avait jamais eu raison de leur symbiose. Il en serait de même ce jour-là. Alors, elle retourna vers les deux hommes qui l'attendaient et les entraîna avec elle, comme elle l'avait si souvent fait. D'autres projets, d'autres rêves murissaient déjà sous son crâne et il était revenu le temps où elle les partageait avec eux pour faire éclore la magie des mots.

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MessageSujet: Re: SIONABEL - Terre d'exil   Mer 25 Avr 2012 - 0:41

Sa voix parvint jusqu'à elle. Elle pénétra dans sa tête et y resta quelques instants, la faisant frémir. Elle ferma doucement les yeux afin de se remémorer les courbes de la belle.

L'imaginant vêtue de blanc, elle eut un léger sourire et dit à voix basse en direction de sa moitié.

- Tu n'as pas changé, puce.

Ses yeux se perdirent au loin, et instinctivement elle sauta de son perchoir. Remontant le sentier, passant près des grandes portes qui donnaient accès à la citadelle, elle prit le sentier à droite, qui menait dans les jardins de derrière.

Peu de personne y allait, pourtant cet endroit quelque peu délaissé était splendide, calme à la fois. Les odeurs qui se dégageaient des fleurs l'enivraient et c'est avec délicatesse qu'elle se baissa pour en cueillir une. Sentant son parfum, elle ferma à nouveau les yeux.

- Que de souvenirs en ces lieux, n'est-ce pas?

Elle se dirigea vers un petit banc de pierre non loin. La vue qu'il offrait sur la plaine était inégalable, surtout la nuit venue, avec le ciel dégagé, tandis qu'en journée, on était protégé du soleil par la cime des arbres.

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MessageSujet: Re: SIONABEL - Terre d'exil   Mer 25 Avr 2012 - 4:03

- Alors c'est vraiment reparti ? Demanda Yuen.
- Mmm ? Oh...

Tirée de ses pensées, elle tenta de se concentrer sur ce qui se disait dans la grande salle désormais pleine de vie. Dans sa toge blanche, B3nito l'observait par dessus les parchemins épars. Il n'y avait pas d'animosité dans ce regard, en revanche, il y avait un millier de questions. Elle les ignora par choix. Un jour il faudrait qu'elle choisisse les mots pour parler à celui qui se tenait là devant elle, qu'elle répare les torts qu'elle avait commis et qu'elle prenne le temps de lui présenter des excuses. Après tout, il était devenu ce qu'elle avait fait de lui : un ange qui avait préféré se couper les ailes plutôt que de l'abandonner. Il était déchu par sa faute.
Mais pour l'heure, elle préférait fuir. Et le plaisir d'avoir retrouvé les siens favorisait sa frivolité coupable, lui permettant - presque - d'oublier les conflits, passés, présents et à venir.

- Oui, c'est reparti, répondit-elle à Yuen.

La joie du jeune homme fit pétiller ses prunelles tandis qu'il s'emparait d'une plume d'or.

- Vous vous souvenez de nos cérémonies d'intronisation ? Interrogea Red.

Ils sourirent tous. Oui, comment auraient-ils pu oublier ?

- Tu n'as pas changé puce.

La voix mélodieuse et profonde, aux tréfonds de son esprit, lui arracha un frisson. Elle sentit la présence mentale de sa jumelle s'attarder en elle et autour d'elle, comparant les souvenirs à la réalité. C'était vrai, elle n'avait pas beaucoup changé, le temps n'ayant que très peu d'emprise sur elle.
Mentalement, elle suivit la progression de la femme féline, femme enfant, femme fée, jusqu'au jardin de lune, à l'arrière du chateau. L'odeur des fleurs, les tonnelles couvertes de glycines, les rosiers grimpants qui s'élançaient à l'assaut des murs.

- Que de souvenirs en ces lieux, n'est-ce pas ? ajouta la voix de sa jumelle.

Oui, elle en avait beaucoup. Elle envoya mentalement à sa soeur les images qui abondaient sous son crâne : des nuits entières allongées dans l'herbe côte à côte, à contempler le ciel étoilé lorsque le sommeil les fuyait toutes deux. La rose blanche qu'elle avait offerte à son amie et qui symbolisait bien plus que l'amitié naissante qui était la leur. Les milliers de fois où elles s'étaient assises sur le banc de pierre simplement pour le plaisir d'être là, ensemble, et où elles s'étaient simplement complues à se regarder mutuellement, se plaisant simplement à échanger les sourires complices d'une communication qui se passait de mots ou de pensées.

- Je reviens, lâcha-t-elle finalement à l'adresse de ses trois autres compagnons.

Puis elle sortit.

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« À six ans, je savais écrire. Mais ici, nous n'écrivons pas. Nous vendons du Rêve. » [red13]
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